Hugues moine soldat
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Il y aurait tant à dire sur ce livre qui peut être abordé de deux manières :
- L'aventure et le complot
Le héros, moine et devenu soldat, va vivre une aventure au coeur d'un gigantesque complot d'Etats. Manipulation, suspense et aventure l'attendent au cours de sa quête.
- La fresque historique authentique
Si une partie de l'aventure de Hugues est fictive, tout l'histoire du roman n'en reste pas moins imbriquée dans la réalité historique authentique.
Vous pourrez trouver ici des extraits du roman et documents historiques.
Extraits
Voir avant-propos et prologue au format pdf : hugues_extrait.pdf
Quelques repères historiques au fil des chapitres
CHAPITRE I
1 – La Paix de Longjumeau, 22 mars 1568
C’est au cours de la deuxième prise d’armes (deuxième guerre de religion) que se déroula la bataille de Saint Denis – 10 novembre 1567 – au cours de laquelle le Connérable de Montmorency fut tué par Robert Stuart. Catherine de Médicis décida alors de confier le commandement des armées royales à Anjou (le futur Henri III) sous la tutelle du Maréchal de Cossé. L’issue de la bataille n’ayant pas apporté de décision, les deux camps tentèrent
d’accroître leur potentiel militaire :
Les calvinistes reçurent 6500 reîtres et 3000 lansquenets envoyés par l’Electeur Palatin Frédérick III sous le commandement de son fils, le Duc Jean Casimir. Coligny rejoignit cette armée sur la Meuse le 16 janvier 1568. Pendant ce temps-là les armées de Mauvans et du Baron d’Assier (ou d’Acier), Jacques de Crussol avec 4000 hommes traversèrent l’Auvergne pour rejoindre Condé – ce qui constitua une force globale de 30 000 hommes – et firent le siège de Chartres.
Les royaux reçurent des renforts : le Duc Guillaume de Saxe envoya 8000 hommes, le Rhingrave, une armée, le Duc de Savoie achemina des forces d’Italie. D’autres renforts affluèrent de la Suisse.
Le Duc de Nevers se joignit à l’armée royale : 25 000 fantassins, 12 000 cavaliers. Les calvinistes manquèrent alors d’argent pour payer les mercenaires (un million de livres aurait été nécessaire pour payer Casimir), d’où la nécessité de traiter. De plus, l’hiver particulièrement froid rendait les conditions de vie des troupes extrêmement difficiles.
Le Cardinal de Châtillon se rendit à Longjumeau où il rencontra le Maréchal de Montmorency le 22 mars. La signature eut lieu le lendemain. La Paix de Longjumeau reprend l’Edit d’Amboise du 19 mars 1563. Les quatorze articles ne font que préciser les dispositions qui avaient été alors stipulées.
Citons par exemple :
• Autorisation de prêches calvinistes dans les maisons des gentilhommes.
• Amnistie générale de tous les faits de guerre.
• En Provence le culte n’est autorisé que dans les maisons nobles et dans la ville de Mérindol.
• Toutes les poursuites à l’encontre de Condé sont supprimées, lequel est déclaré : « quitte et déchargé ».
• Les adversaires doivent se restituer leurs prises ainsi que rendre les armes.
• Le culte catholique sera protégé.
• Le clergé catholique sera protégé.
Le 27 mars l’Edit de Pacification des Troubles était enregistré en présence de Charles IX qui reçut le 31 mars une délégation de calvinistes au couvent des Chartreux venus faire acte d’allégeance et de soumission. Ce ne fut en fait qu’un compromis que personne ne prit au sérieux. Les hostilités ne s’arrêtèrent pas. Aucune ville forte tenue par les calvinistes ne fut évacuée. On assista même au renforcement de certaines d’entres elles, comme La Rochelle, du fait qu’aucune place de sûreté n’avait été accordée aux huguenots au terme du traité.
Les passions ne cessèrent pas pour autant. Dans tout le Royaume on massacra les tenants de l’autre religion. A Bourges on égorgea dans les prisons les détenus calvinistes. A Toulouse on décapita le maître d’hôtel de Condé, Monsieur de Rapin, porteur cependant d’un sauf-conduit, lequel était venu annoncer la signature de l’accord. A Blois le passage des calvinistes provençaux fut marqué par des atrocités de toutes sortes : des prêtres et des
religieuses furent massacrés, les églises brûlées, Orléans fut dévastée. Ainsi l’Edit de Pacification de Longjumeau par lequel Catherine de Médicis avait cru sauver son « pauvre Royaume » resta-t-il lettre morte…
2 – Pindare (518-438 avant J.-C.)
Poète grec né à Cynoscéphales près de Thèbes. Elève des poètes Myrtis, Corinne, ainsi que du joueur de flûte Scopélinos. Son oeuvre concerna tous les genres littéraires. Nous ne possédons de lui que les « Epinicles » ou « Odes Triomphales » en l’honneur des vainqueurs des jeux. Il vécut auprès de plusieurs tyrans de Sicile et mourut célèbre et honoré. Pindare croit en une vérité religieuse et morale : la puissance divine récompense la
vertu par la victoire. La notion de Gloire résulte donc de la vertu dont elle est la conséquence voulue par la divinité. Le poète utilise des récits mythiques pour développer sa philosophie.
CHAPITRE II
3 – “A la noblesse Chrétienne de Nation Allemande” :
Il s’agit d’un ouvrage clé de Martin Luther (« An den christlichen Adel deutscher Nation ») publié en 1522, dans lequel il s’efforce de définir sa Doctrine en matière de rapport du temporel avec le spirituel : ce qui relève de l’Eglise et ce qui est de l’Etat.
CHAPITRE III
4 – Les gueux :
Nom pris par les confédérés des Pays-Bas à l’instigation de Guillaume d’Orange lesquels se trouvaient en lutte contre la domination espagnole.
Le duc d’Albe (1508-1582), envoyé par Philippe II d’Espagne pour pacifier les Pays-Bas en révolte fut l’artisan d’une répression féroce à l’encontre des provinces dissidentes.Il traversa les Alpes avec une armée de vingt mille vétérans et se rendit en Flandres par la Franche-Comté au cours de l’été 1567. Le trois août il franchissait la frontière du pays à Thionville. Dès septembre 1567 il prit les pleins pouvoirs, se nomma gouverneur des Pays-Bas et conduisit une lutte sans merci contre la rébellion. En juin 1568 il fit décapiter sur la place de l’hôtel de ville de Bruxelles les comtes d’Egmont et de Hornes devenus les symboles de la résistance à l’Espagne de Philippe II.
CHAPITRE IV
5 – François 1er et Soleiman en 1543
Monluc fait ici allusion à l’hivernage dans le port de Toulon de la flotte turque sous les ordres du corsaire barbaresque Barberousse, raïs d’Alger, devenu depuis 1533 « Kapitan Pacha » du sultan : amiral de toutes les forces navales ottomanes, charge qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1546.
Les flottes turque et française, alors alliées, avaient enlevé Nice au duc de Savoie-Piémont. Le séjour des 30 000 soldats turcs dura du 29 septembre 1543 à la fin mars 1544. Le roi François 1er promulgua un édit à ce propos qui stipulait « qu’il n’était pas convenable aux manants et habitants de Toulon (de) demeurer et (de) converser avec la nation turquesque… »
L’édit royal exigeait en outre que la population française évacuât la ville : « durant le temps que la dite armée et nation turquesque fussent délogées. »
Un contemporain, sans doute surpris par la transformation de l’aspect de la ville, alla jusqu’à la comparer à Constantinople.
CHAPITTRE V
6 – A propos des armes à feu individuelles du XVIe siècle
La première arme à feu individuelle ayant équipé l’armée royale française fut le « pétrinal » sous le règne de Charles VII. Il s’agissait d’une sorte de tube de métal que le cavalier appuyait directement sur son armure au niveau de la poitrine, d’où sa dénomination. Le tireur devait conserver dans sa main une boîte à feu afin d’allumer la mèche transmettant l’étincelle à la « lumière » ; un petit orifice pratiqué sur le côté du tube permettant d’accéder à la charge de poudre. Le tir était lent, imprécis et dangereux pour le soldat.
En 1397 le « Scopeto », ce qui donnera plus tard « escopette », fit son apparition : le tube de métal était fixé sur un arbrier d’arbalète. Ce support de bois devait se développer pour donner ultérieurement la crosse telle que nous la connaîtrons plus tard. Il est à remarquer que l’arbrier se posait alors sur l’épaule (épaulée à l’espagnole) et non contre, technique de tir qui fut introduite à la fin du siècle par les lansquenets, (l’épaulée à l’allemande). Il semble que l’appui de la crosse sur la poitrine ait prévalu encore quelque temps en France si l’on en juge par les nombreuses gravures de tireurs en position de tir.
Jusqu’à la fin du XVème siècle on assista à une évolution de ces armes dans le sens de l’allègement et de la précision. La couleuvrine ainsi que la serpentine firent leur apparition.
La mise à feu se faisait toujours par une mèche introduite directement dans la « lumière » de l’arme, ce qui, par temps de pluie, interdisait le tir, ou bien nécessitait la présence d’un soldat chargé de l’allumage : « l’allumeur » à côté du tireur : « le pointeur ».
En 1470 un nouveau système de mise à feu apparut : la serpentine à mèche munie d’une platine à couvercle protégeant le « bassinet » contenant lui-même le pulvérin (fine poudre d’allumage), ainsi que d’un chien en forme de S porteur d’une mèche. En se rabattant directement sur le bassinet, dont le couvercle devait être préalablement ouvert, il communiquait l’étincelle au pulvérin, puis à la poudre.
Précisons que le chien de ces nouvelles armes – rebaptisées « arquebuses » de : Hakebüchse – pivotait de l’avant vers l’arrière. Le tireur s’appuyait pour tirer sur une tige métallique en forme de fourche à son extrémité : la fourquine. Le pistolet suivit cette évolution. Il ne s’imposa cependant que peut avant le milieu du siècle.
En 1535 un nouveau système de mise à feu surclassa bientôt la platine à mèche, ce fut la platine à rouet. Un mécanisme à ressort faisait jaillir une étincelle par frottement sur une rondelle de pyrite qui provoquait l’allumage du pulvérin situé dans le « bassinet ». Cette mécanique nécessitait l’utilisation d’un remontoir pour retendre le ressort avant chaque tir. Le système se révéla pourtant moyennement sûr, la mise à feu, forcément décalée, était longue, l’usage de l’arme demandait de nombreux mouvements.
C’est en 1556 qu’apparut enfin la platine dite à « chenapan » qui devait s’imposer sur tous les autres systèmes de mise à feu jusqu’au XIXème siècle. Le chien, qui est actionné d’un seul geste, comporte une pierre (silex). En se rabattant vers l’avant de l’arme il venait frotter puis soulever le couvercle du « bassinet » à pulvérin puis communiquer l’allumage à la charge. Ce nouveau mécanisme était à la fois plus rapide et plus sûr que le précédent. Il s’avéra, de plus, peu sensible aux intempéries.
N.B. : Le terme d’ “espingole” que nous utilisons pour désigner l’arme hybride du moine soldat se rapportait au XVème siècle à une petite couleuvrine tirant des balles de pierre (souvent de marbre) dont certains navires marchands étaient armés. A partir du XVIe siècle on utilisa ce terme pour caractériser tout arme à feu individuelle, à crosse courte, de fort calibre, à mi-chemin entre le pistolet d’arçon (qui ne s’imposera que dans la seconde partie du siècle) et le mousquet à canon court qui équipera les chevau-légers.
La tactique du « Karakol » ou « caracol » instaurée par les pelotons de cavalerie des lansquenets reposera en partie sur l’emploi de cette arme.
CHAPITTRE IX
7 – Lieutenant général du Royaume
Chef des armées du Royaume : charge détenue par le Connétable de Montmorency jusqu’à sa mort. Il fut tué par Robert Stuart à la bataille de Saint-Denis, le 10 novembre 1567, à l’âge de soixante-quinze ans. Le duc d’Anjou, qui portait le titre de Monsieur en tant qu’héritier présomptif du trône, fut investi de ladite charge à l’âge de seize ans par sa mère Catherine de Médicis.
Indépendamment du commandement des armées royales la lieutenance générale conférait à son titulaire un véritable pouvoir politique qui le classait dans la hiérarchie de la Cour immédiatement après le roi.
8 – Le duc de Saxe : rôle des mercenaires allemands et suisses
En décembre 1567 un noble calviniste, le duc Casimir, fils de l’électeur palatin, passa en France avec ses troupes pour soutenir les huguenots français. Condé avec son armée le rejoignit après avoir traversé la Champagne. La jonction une fois effectuée, les deux armées descendirent en Bourgogne dévastant tout sur leur passage. Après avoir rencontré la reine mère à Villeneuve Saint-Georges, Monsieur décida de recourir au même moyen et négocia avec le duc de Saxe et le Rhingrave l’enrôlement de mercenaires. Ainsi des reîtres combattraient-ils d’autres reîtres. Ce recours à une armée étrangère vénale ne fut pas sans créer des difficultés. En de nombreuses circonstances le sort des batailles dépendit de la capacité des généraux de payer la solde de leurs combattants venus d’outre-Rhin. Parfois même ces mercenaires changèrent-ils de camp du fait que l’adversaire leur offrait une rémunération plus élevée que leur employeur du moment.
Ainsi Coligny perdit-il toute l’armée du Rhingrave avant la bataille de Moncontour, le 30 septembre 1569. D’autres reîtres, compte tenu des circonstances, lui demandèrent d’être payés avant l’engagement.
9 – Les janissaires
Corps d’élite ottoman crée sous le sultan d’Orkhan en 1334 lors des réformes administratives de l’Etat conduites par le frère de ce dernier, le pacha Ala’eddin. Le fondateur du corps fut Kara-Khalil Djendéréli. Il s’agissait de soldats de métier au nombre de mille dès leur création. (Sous Méhmed II : douze mille et vingt mille sous Soleiman I) Il s’agissait de combattants hors pair bénéficiant d’un équipement très élaboré. Au début du XVIème siècle leur armement individuel ainsi que leur artillerie de campagne étaient les meilleurs d’Europe, ce qui cessa d’être le cas sous Sélim II. Certains observateurs ont cru déceler chez ces soldats de métier l’influence de la confrérie des Ghazi : combattants de la foi à la conquête du monde infidèle dont le sultan Osman, père d’Orkhan était membre.
On relate qu’ils étaient à l’origine des enfants chrétiens enlevés par un « service » spécialisé : le Devchirmé et instruits dans les sciences des armes et dans la religion de l’islam. Ils n’avaient pas le droit de se marier.
Sous Soleiman ils étaient représentés au Divan, ou Diwan (Grand Conseil) en la personne
de leur chef : l’Agha.
Ils se révoltèrent à maintes reprises dès le XVIIème siècle et furent anéantis sans pitié en 1826 par Marmud II.
10 – L’entrevue de Bayonne
Catherine de Médicis avait désiré négocier avec son beau-fils Philippe II d’Espagne le mariage du futur duc d’Anjou avec Dona Juana, reine du Portugal, veuve depuis peu, elle même soeur du roi d’Espagne. Pour ce faire, elle comptait sur l’entremise de sa fille Elisabeth de Valois, reine d’Espagne. Cette entrevue fut l’une des raisons qui poussèrent la Florentine à entreprendre son voyage dans les provinces françaises. Charles IX devait à cette occasion « faire la connaissance de son Royaume ».
La Cour, ainsi itinérante, entre la 29 mai 1565 à Bayonne où la reine d’Espagne accompagnée du duc d’Albe la rencontra le 10 juin.
Lors des entrevues qui suivirent et qui se déroulèrent dans une froideur certaine, le duc d’Albe reprocha à Catherine de Médicis son indécision face aux huguenots. Elisabeth, à la grande stupéfaction de sa mère, prit le parti de l’Espagne et refusa net toute idée d’alliance matrimoniale avec la Couronne de France qui eût pu amputer le Royaume d’Espagne du moindre territoire, de la plus petite province. La reine mère alla, dit-on, jusqu’à proposer la
révocation de l’édit d’Amboise (19 mars 1563), lors de la dernière réunion du 30 juin 1565 qui se solda cependant par un échec.
La rencontre de Bayonne eut pour la Couronne deux conséquences fâcheuses : d’une part, ce fut pour la France un camouflet retentissant à porter au crédit de Philippe II, d’autre part les huguenots de toute l’Europe commencèrent à s’interroger sur les intentions véritables de Catherine de Médicis à leur égard et retirèrent la confiance qu’ils avaient mise en elle à la suite de l’édit d’Amboise.
11 – Soleiman le Magnifique et Barberousse
a) Soleiman
Soleiman le Législateur : (Kanuni Soleiman), dit en occident « Soleiman le Magnifique », le plus grand sultan de la dynastie. Chef spirituel et temporel de l’Empire Ottoman sur lequel il régna de 1521 à 1566 ainsi que pratiquement la totalité du monde arabe de l’époque. Il contrôla toute l’Europe centrale, la Hongrie, la Transylvanie. Il assiégea Vienne en octobre 1529 et combattit sur tous les fronts, en particulier en Méditerranée, Charles-Quint dont il fut le grand rival hégémonique. Il entretint pour cette raison de bonnes relations diplomatiques avec François 1er.
Sur le plan intérieur il réorganisa le pays, tant sur le plan politique et gouvernemental, qu’administratif et militaire. Il laissa dans l’histoire de la Turquie l’image d’un administrateur et d’un stratège de talent aux vues vastes et cohérentes.
b) Barberousse
(Kaidir Raïs, dit Barbe Rouge ou Barberousse) : le roi d’Alger. 1535 fut l’année du rapprochement de Soleiman avec François 1er contre leurs ennemis communs les Habsbourg. En 1541 Charles-Quint tenta une expédition contre Alger afin de reprendre le contrôle de la Méditerranées occidentale mais ne parvint pas à faire céder la résistance de Barberousse. L’empereur du Saint-Empire essaya alors d’acheter le Raïs d’Alger en lui proposant les places de Bône, de Bougie et de Tripoli. Ce dernier refusa net mais exigea en revanche la totalité de la côte d’Afrique du nord.
En 1543 les flottes turque et française s’allièrent pour enlever Nice au duc de Savoie-Piémont. Le grand amiral de l’Armada turque – qui était elle-même composée des flottes turque et barbaresque – était le raïs d’Alger Barberousse devenu le « capitan pacha ». François 1er accepta pour des raisons stratégiques qu’il fasse hiverner sa flotte – un peu moins de 30 000 hommes – dans le port de Toulon (1543-1544). L’Europe chrétienne s’indigna fortement à l’encontre de la France. Dès ce moment Barberousse exerça une suprématie quasi totale sur la Méditerranée jusqu’à sa mort survenue à l’âge de 72 ans, le 4 juillet 1546.
c) Euldj Ali
Il était le roi (raïs) d’Alger depuis mars 1568 et apporta une aide certaine aux Morisques de Grenade en faisant collecter des armes auprès de la population au profit des révoltés, armes déposées dans une mosquée d’Alger. Euldj Ali ne sembla pas disposé à aller beaucoup plus loin dans sa coopération. Seul, le sort de sa ville l’intéressait. Une intervention à Grenade l’aurait obligé à forcer la blocus espagnol et à ouvrir inéluctablement les hostilités à l’encontre de Philippe II. Euldj Ali chercha à tirer profit de la situation pour prendre Tunis (janvier 1570) à Muley Amida, le fils de Mulay Hassan, roi de Berbérie, mis en place par Charles-Quint afin de contenir les Turcs. Il est toutefois permis de penser qu’il aurait joint ses forces à celles de l’Armada turque si Sélim II avait décidé de conduire une opération à Grenade au profit des Morisques.
12 – Les Morisques de Grenade sous Charles-Quint
Lorsqu’en 1519 Charles-Quint fut élu empereur du Saint-Empire le drapeau des très catholiques rois d’Espagne flottait sur l’Alhambra depuis dix-sept ans déjà. Ce fut en effet le 2 janvier 1492 qu’un corps d’armée fort de 60 000 hommes commandé entre autre par Gonzalve de Cordoue se rendit maître de ce royaume qui en 781 ans de présence musulmane avait vécu selon la loi coranique sous le règne de vingt et un sultans. La doctrine prônée dès 1496 par le pape espagnol Alexandre VI Borgia partait du principe que toute Reconquista serait vaine dès lors que le pays n’aurait pas dans sa totalité embrassé la foi catholique. C’est donc à l’Inquisition qu’incomba la tâche de convertir les Mudéjares et les Morisques (Moriscos) à la foi catholique.
Isabelle de Castille – sous les conseils de l’archevêque de Tolède Ximénès de Cisneros – fut à la fois l’instigatrice et la cheville ouvrière de ce processus de conversions forcées en dépit des termes de la capitulation qui garantissait aux Morisques le droit de conserver leurs coutumes, leurs biens, leur religion, leur système juridique et administratif inspiré du Coran.
Le non-respect des termes du traité, souvent réitérés et souvent dénoncés au gré des révoltes sporadiques explosant de-ci de-là dans les premières décennies du XVIème siècle, eut pour conséquence l’apparition de ce que l’Inquisition nomma les « Moriscos Conversos », catholiques de façade mais musulmans de coeur, comparables dans une certaine mesure aux Marranes séfarades n’ayant abdiqué la religion mosaïque que pour avoir le droit de demeurer en Espagne.
Les communautés musulmanes du début du XVIème siècle fonctionnaient comme les « Aljamas » juives dans la pleine jouissance des droits conférés par les traités, et cela jusqu’aux interventions de l’Inquisition et leur déportation définitive pour raison religieuse en 1610.
Elles comptaient environ 50 000 Mudéjares à Valence, 25 000 en Aragon, la plus importante à Grenade enregistrait 200 000 Morisques au début de la Guerre en décembre 1568. Le statut de Mudéjar – terme d’origine arabe signifiant asservi (musulman sous tutelle chrétienne) – consentait à ses bénéficiaires la liberté du culte, respect de la loi coranique, et la fréquentation des mosquées. Il y eut plusieurs tentatives de conversions selon des méthodes fort différentes. L’archevêque de Grenade Fray Hernando de Talavera, par exemple, échoua en essayant d’amener les Mudéjares à la foi catholique par une évangélisation progressive, persuasive et discursive. Les façons de faire plus expéditives de Ximénès de Cisnéros – 3 000 baptêmes en huit jours (en une seule journée pour certains rapporteurs) – ne changèrent rien non plus de fait dans les convictions ni dans les pratiques musulmanes : abattage rituel du bétail, le rejet de la viande porc.
En 1519, Charles-Quint étant désormais au pouvoir, une série de mesures furent prises afin de réglementer la vie sociale et privée des Mudéjares. Le 7 décembre 1526 une commission réunie à Grenade réitéra les restrictions – déjà édictées en 1501 – au traité de 1492 : interdiction de l’arabe écrit et oral, interdiction du port des vêtements traditionnels telle l’Almulafa (djellaba locale), de la circoncision, de la détention d’armes et du sacrifice rituel d’animaux. Dès 1526 l’empereur se rendit en personne à Grenade afin de prendre connaissance du sort réel des Mudéjares ainsi que du peu de valeur de la conversion de la plupart d’entre eux.
Ainsi tenta-t-il de mieux organiser l’intégration religieuse des Morisques par l’intermédiaire de l’évêque de Grenade don Pedro de Alba. A cette date, il avait concédé aux musulmans relevant de la Couronne d’Aragon un
nombre considérable d’avantages : ils s’affranchissaient de l’Inquisition, pendant dix ans ils pouvaient garder leur langue et conserver leurs us et courumes, ils jouiraient de l’égalité fiscale : les biens des mosquées, qui avaient été transférés à l’Eglise, leur seraient restitués. L’Inquisition, pourtant, respecta peu les volontés de Charles-Quint.
13 – Philippe II face à la question maurisque
En 1556, lorsque Philippe II arriva au pouvoir, un facteur nouveau intervint : les flottes barbaresque et turque commencèrent à connaître de nombreux succès en Méditerranée ce qui encouragea les Morisques dans leurs attitudes revendicatrices et rebelles au pouvoir espagnol. La communauté catholique en conçut des craintes, de sorte que la Couronne instaura une politique de confiscation des armes détenues jusque-là par les Morisques.
L’opération fut au début un succès, mais elle s’ébruita vite et des caches d’armes s’organisèrent, de véritables arsenaux bientôt, grâce à des livraisons clandestines organisées par les Mudéjares d’autres provinces solidaires de leur coreligionnaires. Du fait de l’hostilité croissante des deux communautés, des mesures cadastrales furent prises : les Morisques ne pouvant produire leurs titres de propriété s’en trouvèrent en partie, voire totalement, spoliés.
Ils perdirent ainsi 100 000 hectares. C’est à ce moment-là que le synode provincial de Grenade sous l’autorité de l’archevêque de la ville Don Pedro Guerrero, décida de dénoncer l’accord de 1526 : toutes coutumes, pratiques, habitudes culturelles héritées de l’islam furent désormais interdites, mesures confirmées par une assemblée royale réunie à Madrid le 21 janvier 1567.
On peut considérer ce facteur comme la cause du déclenchement de la rébellion, d’abord sporadique puis s’organisant peu à peu sous la conduite de Hernando de Cordoba y Valor (alias Aban Humeya) proclamé roi à la Noël 1568 du fait de sa parenté lointaine avec les émirs de Cordoue.
Il est à noter qu’au début du soulèvement, tout au moins, l’Albaïcin, ou quartier maurisque de Grenade, ne se joignit pas à la révolte, qui à ce moment-là ne concernait alors que les campagnes. La situation ne tarda pas cependant à se généraliser dès que cette rébellion se fut transformée en une véritable guerre de maquisards : une guérilla.
14 – Citation du Coran
Il s’agit de la sourate IX intitulée : « L’Immunité ». Le personnage cite le verset cent quinze. Cette sourate est particulièrement explicite dans la mesure où elle met l’accent, entre autre, sur l’omniscience et la miséricorde divine, où elle précise, d’autre part, quelles sont les obligations rituelles des croyants. On y trouve aussi de longs développements sur l’unicité de Dieu ainsi que sur le séjour de « ceux qui auront combattu dans le chemin de Dieu » à ses côtés après leur mort.
CHAPITRE X
15 – Fourquevaux :
Ambassadeur de Charles IX auprès de Philippe II. L’un des personnages clés de la diplomatie française au cours de cette décennie. Ses rapports à la cour de France des 21 et 26 juillet 1568 sont des documents essentiels concernant le décès mystérieux de Don Carlos, survenu le 25 ou le 26 juillet 1568. 16 – Il s’agit d’une lettre authentique de Charles IX
Adressée à Fourquevaux daté du 14 mars 1569 au sujet de la guerre des Morisques dans laquelle il parle de la nécessaire punition de « tous ceux qui comme eux ont pris les armes pour troubler l’estat de leur roy et souverain ».
17 – Louis de Béranger sieur Du Guast :
Chef de file d’une coterie de jeunes hommes constituée par Villequier, l’ancien gouverneur du duc d’Anjou – le futur Henri III – autour de ce dernier. Les tendances probablement homosexuelles de ce fils préféré de Catherine de Médicis étaient notoires, ce qui jette un jour tout à fait particulier sur la spécificité de cette jeune « garde » et sur le rôle que Du Guast y jouait.
Ces jeunes éphèbes furent qualifiés par la rumeur publique de « mignons », terme consacré depuis lors par le dictionnaire. Citons Philippe Desportes :
Ce mignon si frisé qui sert d’homme et de femme…
Quant à d’Aubigné, il se demandait avec une certaine malice si l’on avait affaire en la personne d’Henri III à : un roi-femme ou bien un homme-reine.
18 – Il s’agit d’une allusion au psaume 115
lequel jouissait d’une faveur particulière auprès des huguenots qui aimaient à le réciter en maintes circonstances :
Deus autem noster in caelo
Omnia quaecumque voluit, fecit
Simulacra gentium argentum, et aurum
Opera manuum hominum.
Oculos habent, et non videbunt
Aures habent et non audient.
Traduction :
Or notre Dieu accomplit au ciel
Tout de qu’il lui est loisible de faire.
Leurs contrefaçons, simulacres d’or et d’argent
Sont des oeuvres issues de la main de l’homme.
Elles ont des yeux et ne verront pas,
Elles ont des oreilles et n’entendront pas.
(On peut également y voir une allusion à MATTHIEU XIII,17).
CHAPITRE XIV
19 et 20 – Matthieu, XIX, 12.
« Tous ne sont pas capables d’accepter cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le sein de leur mère ; il y en a qui ont été faits eunuques par les hommes, et il y en a qui se sont faits eunuques eux-mêmes pour le Royaume des cieux. Que celui qui peut recevoir cette parole la reçoive ! »
21 – Allusion à la maxime célèbre de Martin Luther
« Wer nicht liebt Wein, Weib und Gesang, der bleibt ein Narr sein Leben lang. »
- Traduction : Quiconque n’aime point le vin, les femmes et les chants, Reste un sot sa vie
durant.
CHAPITRE XV
22 – Allusion à la répression féroce
dont fut l’objet la communauté vaudoise du Luberon à partir de 1532. La sanglante “croisade contre l’hérésie” conduite par le président du parlement de Provence Maynier seigneur d’Oppède se termina au printemps 1545 dans un effroyable bain de sang. Certains historiens n’hésitent pas à utiliser le terme de génocide pour qualifier ces événements. Quelques familles, cependant, durent leur salut à la fuite au-delà des Alpes dans la
vallée du Chisone où elles ont laissé des traces culturelles, linguistiques ainsi que religieuses que l’on peut encore déceler de nos jours.
CHAPITRE XVII
23 – Affaire de Meaux
Allusion à la tentative de Condé d’enlever la famille royale les 26 et 27 septembre 1567 au château de Meaux.